| L'ÉTUDE DES QUESTIONS
AFFÉRENTES À LA SOUVERAINTÉ. LA NÉCESSITÉ D'APPROFONDIR LES TRAVAUX DE LA
COMMISSION BÉLANBER-CAMPEAU |
Dans le débat qui s'amorce devant la Commission d'études des questions afférentes à la
souveraineté du Québec, les membres de cette commission se doivent de choisir
judicieusement les matières qui devront faire l'objet d'analyses et d'études. Non
seulement la commission devraitelle approfondir des questions qui ont occupé la
Commission Bélanger-Campeau, mais aussi doit-elle aborder les matières qui n'ont été
qu'effleurées que par celle-ci, ou qui n'ont tout simplement pas retenues son attention.
Si l'objectif de la nouvelle Commission
est de préparer des travaux qui permet-tront une transition ordonnée vers la
souveraineté, il importe qu'elle se donne un ordre du jour qui lui permette d'éclairer
les citoyens du Québec, mais aussi les futurs gouvernements-négociateurs sur les enjeux
de l'accession à la souverai-neté, mais aussi de préparer les outils qui permettront
une telle transition.
- La contribution la plus utile de la Commission
Bélanger-Campeau aura sans doute été les avis qu'elle a exprimés et les études
qu'elle a commandées sur la question de la succession d'un futur État québécois
souverain aux traités, mais aussi aux biens et dettes du Canada.Les opinions exprimés
par les professeurs Bernier, Shaw et Burdeau ont fortement inspirés les conclusions de la
commission sur ces questions et ont permis à celle-cide tirer certaines conclusions sur
le sort des traités, biens et dettes de l'État canadien revêtant un intérêt et une
importance pour le Québec.
- La succession des traités
Pour les traités, la commission a
rappelé très succintement les règles relatives à la succession aux traités de nature
territoriale et aux traités instituant des organisa-tions internationales, tout en se
précocupant davantage de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce
(GATT) et à l'Accord de libre échange canado-américain.
- Il importe dès lors que la Commssion approfondisse
l'examen du sort de l'ensemble des traites du Canada, dresse une liste de traités
auxquels le Québec est appelé à succéder et voit à définir pour chacun d'entre eux
la aosition qu'adopte-rait un Québec souverain. Ce travail en est un d'une envergure
considérable car il suppose l'examen minutieux d'environ 500 traités bilatéraux et
multilatéraux, qui contiennent parfois des clauses de succession ainsi qu'un exercice de
qualification pour déterminer quelles règles de succession devraient s'appliquer à
chacun de ces traités.
-
- Il ne serait pas sans intérêt que la Commission prépare,
à l'intention du gouverne-ment, des instruments de notification et d'information à
l'intention des dépositai-res et des parties contractantes des traités, pour qu'au temps
venu règne le moins d'incertitude possible au sujet des obligations internationales
qu'entend assumer le Québec.
- Les dettes et biens d'État
En ce qui concerne les dettes et les biens d'État,
les travaux de la Commission Bélanger-Campeau s'avèreront utiles, qu'il s'agisse des
opinions juridiques émises pour les universitaires Malcolm, Shaw et Geneviève Burdeau ou
des tentatives d'application des règles de partage des actifs et des dettes qu'a
effectuées le secrétariat de la commission. Mais ici encore, la Comission pourrait
approfondir la recherche et élaborer des hypothèses juridiques auxquels seraient
rattachés une série de scénarios de négociations de partage.
La Commission devrait en outre s'intéresser aux
questions qui préoccupent déjà le citoyen et qui le préoccuperont davantage à
l'approche d'une consultation référendaire ou de l'accession à la souveraineté
elle-même, tel le sort qui sera réservé à la monnaie en circulation et aux dépôts
dans les institutions financières.
La commission aurait également intérêt à se
pencher sur les mesures de transition au plan fiscal, ce qui s'avèrera d'autant plus
impérieux que l'accession à la souverainté devra se produire, selon les termes mêmes
de la Loi sur le processus de détermination de l'avenir politique et constitutionnel du
Québec, un an jour pour jour apraès la tenue d'un référendum, soit un juin ou octobre
1993, ce qui ne coincidera pas avec la fin de l'année fiscale.
Les rapports internationaux
D'autres questions d'importance n'ont pas été
véritablement discutées par la Commission et méritent un examen sérieux.. Ainsi, il
importe que la Commission recense toutesles organisations internationales dont le Canada
est membre et établisse les obligations, tant au plan financier qu'au plan des ressources
humaines, qui résulteraient de la paratricipation du Québec aux travaux de ces
organisa-tions.
Sans doute serait-il également judicieux
d'identifier les organisations qui devraient faire l'objet d'une admission immédiate et
celles qui ne requerraient pas une participation à court terme de l'État québécois. Si
la Commission devait préparer les demandes d'admission auprès des organisations
internationales en s'inspirant de la pratique suivie par chacune des organisations, elle
pourrait faciliter la tâche du gouvernement du Québec et contribue ici aussi à une
transi-tion ordonnée vers la souveraineté.
L'état de représentation du Québec à l'étranger
devrait également faire l'objet d'une analyse, qui serait facilité par l'existence de
certaines études déjà effectuées à ce sujet. Cet état de la situation permettrait
d'identifier les besoins nouveaux d'un Québec souverain de même que les États et les
régions où devraient être établies de nouvelles ambassades ou consultats du Québec.
L'impact financier et l'ouverture de telles représentations devrait également être
évalué et des scénarios d'établisement être esquissés.
- La reconnaissance officielle
Une question que ne devrait point éluder la nouvelle
commisison est celle de la reconnaissance de l'État québécois souverain. Ici, la
Commission tirera peu d'enseignement du rapport de la Commission Bélanger-Campeau et
devra commander des analyses qui devront aller au-delà des questions traditionnelles
reliées aux effects juridiques de la reconnaissance, et qui devraient élaborer ses
stratégies de reconnaissance.
En ce domaine, et à l'égard de plusiers autres
questions évoquées ci-dessus les expériences récentes des républiques baltes, de la
Slovénie et de la Croatie, devraient être examinés avec soin et inspirer la Commission
dans ses réflexions.
L'intégrité du territoire
La Commission veut enfin faire oeuvre de pionnière,
elle devrait s'intéresser non seulement à la question de l'intégrité du territoire
québécois, comme le réclament les nations autochtones qui occupaient ce territoire bien
avant que l'ancêtre de l'homo quebecensis y mette le pied, sur les questions du
partage éventuel des responsabilités sur ce territoire avec les nations autochtones.
Bienque cette question puisse être perçue comme une
question relevant d'un futur droit constitutionnel québécois, il demeure que la
satisfaction de certaines reven-dications d'auto-détermination des nations autochtones du
Québec pourrait être pour les autres membres de la communauté internationale, une
condition de reconnaissance de l'État québécois souverain.
Bien d'autres questions pouraient être à l'ordre du
jour de cette question, et notamment la question de rapports internationnaux,
principalement de nature économique, qu'entretiendrait le Québec avec le Canada, aux
lendemains de son accession à la souveraineté. Mais, cette question ne parait pouvoir
être du ressort de la Commission que si le gouvernement du Québec recevait une offre
formelle de partenariat économique.
Une mission ambitieuse
Il en résulte que la Commission se doit d'examiner toutes
les questions afférentes à la souveraineté sans égard à la possible création d'une
communauté ou d'une union économique canado-québécoise, qui pourrait avoir un
dispositif institution-nel et détenir des compétences en matière de relations
économiques extérieures.
La mission de la Commission d'étude des questions
afférentes à la souveraineté est ambitieuse et celle-ci détient un rôle-clé dans
l'avenir politique et constitutionnel du Québec. L'expertise et l'intérêt pour les
questions qui relèvent de son mandat ne manquent pas et les études, analyses et
recommandations doivent permettre de faire la lumière sur les enjeux majeurs de la
souveraineté du Québec.
Daniel Turp.


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