L'avenir du Québec vu par Daniel Turp



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LE VÉRITABLE DÉFI DU BLOC QUÉBÉCOIS :
MODERNISER LE PROJET SOUVERAINISTE

Si l’Alternative unie est disposée à faire une place aux souverainistes,

elle n’en réserve aucune à la souveraineté

Daniel TURP
Pierre BRIEN
Pierre DE SAVOYE
Francine LALONDE

Députés du Bloc Québécois

À la lumière de l’évolution des contextes politiques canadien et québécois, et notamment des résultats des élections du 30 novembre 1998, le Bloc Québécois doit mettre à jour son projet de souveraineté et contribuer de façon utile au processus de détermination de l’avenir politique du Québec et de défense de ses intérêts économiques, sociaux et culturels. Alors que Rodrigue Biron et Gérard Latulippe lancent un appel pour que le Bloc participe à l’émergence d’une Alternative unie, nous croyons inopportun que le Bloc Québécois s’engage dans une voie qui marquerait un profond recul quant aux possibilités pour les souverainistes de faire la promotion de leur projet politique sur la scène fédérale.

Les citoyens du Québec seront d’autant plus disposés à choisir l’option de la souveraineté si le Bloc Québécois s’emploie d’abord et avant tout à moderniser leur projet de pays. Dans cette perspective, le Bloc Québécois doit investir ses énergies à situer le projet souverainiste dans son lien avec le phénomène de mondialisation et expliquer les raisons qui confèrent toujours au statut d’État souverain un avantage marqué au sein de la communauté internationale. Le Bloc Québécois doit également voir à actualiser le projet de partenariat et présenter des alternatives à l’offre de partenariat économique et politique formulé en 1995. Il peut soumettre à l’attention de ses militants des hypothèses d’une union plus étroite ou d’une association moins intégrée avec le Canada, voire avec d’autres États ou communautés d’États. Le Bloc Québécois doit non seulement s’intéresser à la souveraineté de l’État québécois, mais aussi dans l’État québécois, à celle de son peuple, et promouvoir dès lors une véritable réflexion sur la démocratie et ses divers modes d’expression au sein d’un Québec souverain.

Le Bloc Québécois, comme ses autres partenaires pour la souveraineté, n’a pas comme ambition, contrairement au Parti réformiste et aux promoteurs de l’Alternative unie, de déloger le Parti libéral du Canada du pouvoir à Ottawa. Il n’appartient pas non plus au Bloc de favoriser la prise de pouvoir par d’autres partis fédéraux existants qui, comme le Parti de Jean Chrétien avaient, à l’unisson en mars 1998, fait de Jean Charest leur leader au Québec. Le Bloc a d’ailleurs prouvé, à deux reprises déjà, qu’il pouvait l’emporter sur tous les autres partis fédéralistes au Québec, et notamment sur le Parti libéral, et que les Québécois le préfèrent à ce dernier parti lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts à Ottawa. Le Bloc continuera dès lors à assurer la défense des intérêts du Québec et d’être le chantre du respect des compétences attribuées au Québec par la Constitution du Canada. Il contribuera aussi, comme il l’a fait dans le cas de la formation de la main-d’oeuvre et des commissions scolaires linguistiques, à consolider de telles compétences, ce que seul un gouvernement souverainiste à Québec a réussi durant la dernière décennie.

Mais l’objectif principal du Bloc Québécois doit demeurer celui de promouvoir la souveraineté du Québec. Cet objectif n’est pas incompatible avec la nécessité d’entretenir un dialogue constructif avec les Canadiens, de toutes tendances politiques confondues et de leur proposer un partenariat mutuellement bénéfique. C’est là une des composantes du projet d’avenir du Québec sur lequel le Bloc Québécois a fait une contribution majeure et dont la place sur l’échiquier politique l’autorise à continuer d’intervenir de façon décisive.. Mais certainement pas au prix de la promotion de la souveraineté, une souveraineté que le Parti réformiste et les promoteurs de l’Alternative unie n’ont jamais voulu inclure dans leur réflexion, sans parler de leur refus de reconnaître l’existence même d’un peuple québécois.

Si l’Alternative unie est disposée à faire une place aux souverainistes, elle n’en réserve aucune à la souveraineté. Le contraire serait surprenant. Tenter d’imaginer Preston Manning faire la promotion de la souveraineté dans l’Ouest canadien lors d’une prochaine campagne électorale sous la bannière de l’Alternative unie, c’est imaginer du même souffle les résultats d’une telle aventure. Ceux-ci seraient pires que le dernier «beau risque». Le pari de s’associer à d’autres partis politiques fédéralistes dans l’espoir de voir le Québec retrouver sa juste place au sein de la fédération canadienne a déjà été pris. Les leçons tirées de l’échec du «beau risque» semblent échapper totalement aux promoteurs d’une participation des souverainistes à l’Alternative unie. L’une d’elles, et non la moindre, aura été de donner naissance au Bloc Québécois, un parti qui a ajouté un instrument à l’arsenal stratégique et politique des souverainistes québécois et qui n’a perdu, en dépit de ce que peuvent en dire ses détracteurs, ni pertinence, ni légitimité.

Refaire aujourd’hui le pari fédéraliste avec le parti de Preston Manning ou l’Alternative unie, c’est faire abstraction de l’expérience acquise par le Bloc Québécois sur la scène fédérale depuis huit ans déjà qui tend à démontrer une volonté réelle de centralisation des pouvoirs du gouvernement fédéral. En ce sens, une lecture attentive du projet de Nouveau Canada du Parti réformiste, qui est la source principale d’inspiration des penseurs de l’Alternative unie, démontre que les propositions de ce parti n’endigueraient aucunement ce processus de centralisation. L’attitude des réformistes sur des dossiers comme l’union sociale n’est pas non plus exempte d’ambiguïté, de même que sur des dossiers constitutionnels sectoriels où le Bloc Québécois a fait front commun avec le gouvernement du Québec pour obtenir ce qu’aucun gouvernement fédéraliste québécois n’avait réussi à obtenir par le passé.

Avec les ressources humaines et matérielles à sa disposition, et fort de l’appui qu’il continue de disposer dans la population, comme en font foi le résultat de l’élection partielle dans la circonscription de Sherbrooke et les derniers sondages d’opinion, le Bloc Québécois est capable de formuler des propositions pour moderniser le projet souverainiste. Il compte ainsi apporter une contribution à la réflexion dans laquelle l’ensemble du mouvement souverainiste doit résolument s’engager en 1999. La meilleure alliance du Bloc Québécois demeure celle qu’il a forgée depuis sa naissance avec le Parti Québécois et à laquelle les Partenaires pour la souveraineté, et à travers eux la société civile, doivent être associés de façon durable. L’Alternative unie ne fera pas, ne fera jamais de place à la souveraineté. Et ce n’est pas donc pas une alliance avec ses promoteurs qui conférera de nouveaux outils aux souverainistes pour atteindre leur objectif légitime et premier : la souveraineté politique pour le Québec.

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