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«De la vocation confédérale et
fédérale des partenariats économiques et politiques» |
Communication
présentée lors du Colloque sur «Nationalité, citoyenneté et solidarité»
Montréal, 21 mai 1998
À paraître dans les Actes du Colloque en 1999
Si lemploi du terme partenariat
sintensifie dans les relations tant nationales quinternationales et si les
partenariats se multiplient dans lordre politique mondial, il demeure que la
vocation des nouveaux partenariats reste floue, surtout lorsquil sagit de
déterminer si ces vocations sont confédérale ou fédérale. Pourtant, la question se
pose, nest pas de lordre de la sémantique, puisquil interroge le
concept le plus structurant de la société internationale, la souveraineté. Une
souveraineté quune vocation confédérale ne remet pas en cause et à laquelle une
vocation fédérale ne porte pas nécessairement pas atteinte, si lon ne suppose
pas, comme lont fait plusieurs théoriciens du fédéralisme, que le fédéralisme
oblitère les souverainetés nationales.
La question se pose de façon
particulièrement aiguë lorsquil sagit de partenariats économiques et
politiques, quil sagisse de partenariats qui sont en chantier, comme celui de
lUnion européenne ou de partenariats que lon voudrait mettre en chantier,
comme celui que proposent les souverainistes québécois à leurs partenaires canadiens.
Ainsi, la souveraineté de lÉtat, son maintien, son étendue, son existence même
ne devient-elle pas un enjeu majeur dans le cadre du processus dapprofondissement
dun partenariat économique et politique, ou de la création dun tel
partenariat, dun enjeu sur lequel la vocation recherchée du partenariat,
quelle soit confédérale ou fédérale, devient déterminante.
Je me propose dès lors délucider la
vocation fédérale et confédérale des partenariats économiques et politiques. Je
serais tenté dagir en comparatiste ici, et de proposer desquisser une
réponse sur la vocation de lUnion européenne, dautant plus que cest
dans le cadre de lélaboration du Traité sur lUnion européenne
quun débat sur la vocation fédérale de lUnion européenne avait eu lieu
puisquune référence à une telle vocation avait été faite dans le texte soumis
par la présidence du Conseil aux participants au Conseil européen de Maastricht en
décembre 1991. Jai pris connaissance du Traité dAmsterdam qui semble
conforter la vocation confédérale de lUnion, quun élargissement pourrait
consolider, sans empêcher nécessairement un approfondissement qui placerait
lUnion, ou certains de ses membres, sur une trajectoire fédérale. Mais, le
professeur Jouve na-t-il pas élucidé une telle vocation, en nous parlant du destin
de lEurope, dun destin sui generis qui nest pas étranger aux
idées fédérales et confédérales quil a mises en lumière dans sa contribution.
Je ferai dès lors porter lessentiel de
mon propos daujourdhui sur les projets de partenariats économiques et
politiques qui ont ou auront leurs origines chez les souverainistes québécois, en
minterrogeant sur la vocation de loffre de partenariat économique et
politique qui a été formulée en 1995 par la coalition souverainiste, mais en imaginant
les vocations nouvelles qui pourraient emprunter un nouveau projet de partenariat
élaboré par une coalition renouvelée de souverainistes.
I- La vocation confédérale du projet de
Partenariat économique et politique
Sil y aurait intérêt à
sinterroger sur la vocation du projet de souveraineté-association, esquissé par
René Lévesque dans Option-Québec et développée dans La nouvelle entente
Québec-Canada, je me limiterai à parler de la vocation du projet de partenariat
économique et politique décrit dans lEntente du 12 juin entre le Parti
Québécois, le Bloc Québécois et lAction démocratique du Québec et inséré en
annexe du Projet de loi no 1 sur lavenir du Québec
À la lecture de ce projet, il ne fait nul
doute que les promoteurs envisageaient un partenariat à vocation confédérale. Cette
vocation est dabord mise en lumière par le fait que le Québec allait accéder, en
toutes hypothèses, à la souveraineté et devenir, au sens du droit international, un
État souverain pouvant exercer, comme laffirmait le préambule du projet de loi, la
compétence des compétences. La vocation confédérale était en outre confirmée par le
processus de décision au sein du Partenariat puisque les décisions de linstitution
possédant un pouvoir décisionnel, le Conseil du partenariat, devaient être unanimes,
chacun des États membres détenant un droit de veto. En dépit des poids distincts du
Québec et du Canada au plan économique et démographique, il nétait ainsi nulle
part question dans le projet de Partenariat de votes à majorité qualifiée ou de votes
pondérés. Ce pouvoir de décision était dailleurs essentiellement confiné aux
aspects économiques du partenariat (union douanière, libre circulation des marchandises,
des personnes, des services et des capitaux, politique monétaire et mobilité de la
main-duvre), bien que lon doive noter que le traité aurait dû voir à
ce que le Partenariat ait la capacité dagir dans le domaine de la citoyenneté.
Cette vocation confédérale était
également révélée par les dispositions relatives à lAssemblée parlementaire,
qualifiée dinstitution commune de nature politique dans lentente, dont les
pouvoirs se limitaient à faire des recommandations au Conseil du Partenariat et qui ne
détenait donc aucune autorité législative ou décisionnelle. Ce choix pourrait
expliquer que lon ait accepté de faire exception à la règle de la parité dans la
composition de cette assemblée, le Québec ne devant y détenir que 25% des sièges. La
nature confédérale du projet de 1995 était en outre évidente à la lumière de
lénumération des 11 domaines dintérêt commun sur lesquels les États
membres du Partenariat pourraient sentendre, en fonction de la dynamique des
institutions communes et du rythme de leurs aspirations, quil sagisse du
commerce intérieur, de la représentation internationale ou des postes pour ne prendre
que quelques exemples. Cette invitation à la coopération entre les États membres, qui
ne supposaient aucune capacité immédiate dagir du Partenariat et de ses
institutions, donnait une indication claire de la volonté de loffrant de limiter le
champ des compétences des institutions communes et de ne pas conférer de compétences ni
exclusives, ni concurrentes au Partenariat dans ces domaines.
Lorsque lon examine le projet de
partenariat, on se rend fort bien compte que des précautions nombreuses avaient été
prises pour ne pas donner une vocation fédérale au projet de partenariat, de ne pas trop
parler non plus du cadre confédéral quil supposait. Fruit dun compromis
entre le Parti Québécois et lAction démocratique, où le Bloc Québécois aura
joué le rôle d«honest broker», ce projet est aujourdhui intégré, avec
des aménagements mineurs, au sein du programme du Parti Québécois. Mais
larchitecture, sans doute la vocation aussi, de ce projet mérite dêtre
repensé. Loffre de partenariat, comme lécrivait il y a quelque temps mon
collègue Michel Seymour, pourrait être bonifiée, et les souverainistes du Québec ont
intérêt à poursuivre leur réflexion sur la nature des rapports quils souhaitent
entretenir avec le reste du Canada au lendemain de la souveraineté.
Cette réflexion pourrait sans doute aboutir
à la conclusion quune intégration politique minimale est nécessaire pour
maintenir lunion économique et quune telle intégration ne dfoit donner lieu
quà un « limited free trade agreement plus an incremental set of flexible ad
hoc agreements». Mais elle pourrait aussi être alimentée, selon moi, par une
réflexion visant à repenser le partenariat dans ses dimensions économique et politique,
mais en regard des vocations confédérale et fédérale quil pourrait revêtir.
II- La vocation confédérale et
fédérale dun projet dUnion canadienne
Lavenir du Québec passe toujours,
selon moi, par la souveraineté, une souveraineté que lAssemblée nationale pourra
proclamer après une consultation populaire gagnante et sans égard à la volonté du
Canada de construire ou non un nouveau partenariat entre États souverains avec le
Québec. Mais la souveraineté moderne, celle que lon veut pour le Québec, demeure
tout à fait compatible avec une ambitieuse proposition de partenariat qui pourrait viser
à instituer, comme le souhaitait René Lévesque dès 1967, une Union canadienne, un
terme qua repris récemment Bernard Landry, et que je nhésite dutiliser
quant à moi dans un projet de Traité instituant une Union canadienne que
jai rédigé il y a plus de deux ans maintenant.
Lambition partenariale du Québec ne
doit aucunement oblitérer en aucun cas la souveraineté nouvellement acquise du Québec,
et celle que le Canada maintiendrait. Cette souveraineté devrait se traduire en termes
clairs par lattribution de compétences exclusives du Québec et de la Fédération
canadienne dans les domaines dimportance fondamentale pour lun et lautre
des pays, quil sagisse déducation, de santé et de services sociaux, de
culture et de communications, de langue, de nationalité ainsi que de relations et de
représentation extérieures dans ces matières de compétences exclusives.
Lexercice de ces compétences se ferait par les institutions parlementaires et
gouvernementales des deux États souverains et ne feraient lobjet daucune
intervention de lUnion et de ses institutions communes. Lon doit également
envisager que des entités autochtones puissent exercer au sein de ces deux États
souverains des compétences exclusives ou concurrentes découlant de lautonomie
gouvernementale qui serait enchâssée dans des pactes avec les nations et peuples
autochtones et, enchâssées dans les constitutions des deux États.
Mais cette même ambition partenariale
pourrait aussi de traduire par des mises en commun qui traduirait la vocation
confédérale de lUnion canadienne dans certains domaines et la vocation fédérale
de celle-ci pour lexercice de certaines autres compétences. Ainsi, le partenariat
à vocation confédérale se traduirait par lexercice de compétences en commun par
les États membres, par lintermédiaire dune institution intergouvernementale,
tel un Conseil ministériel, paritaire (avec droit de veto) dans le domaine de la défense
et de la sécurité du territoire et de la citoyenneté de lUnion. Le domaine de la
langue et les droits des minorités nationales et des nations autochtones pourrait
également savérer le troisième pilier de cette Union confédérale, et
supposerait la participation de représentants des minorités nationales du Québec et du
Canada , de même que celle des nations autochtones aux discussions du Conseil
ministériel lorsque celui-ci de ces matières.
Les mises en commun, dont certains
considéreront le plus attentatoires à la souveraineté du Québec, mais aussi de la
Fédération canadienne, seront celles ayant trait à lexercice des compétences
dans les domaines économique, financier et monétaire, où une vocation fédérale de
lUnion pourrait être envisagée. Ainsi, pour assurer le fonctionnement de
lunion économique et monétaire, pour gérer le système bancaire et financier, la
dette et assumer les relations et la représentation extérieures dans ces domaines, des
compétences pourraient être dévolues à lUnion et exercées par les institutions
parlementaires, intergouvernementales et bancaires de lUnion, dont la composition
serait diversifiée. Ainsi, une Conférence parlementaire pourrait compter en son sein des
élus directs au indirects, le Conseil ministériel être composé non plus seulement de
ministres des deux États membres de lUnion, mais également de régions de la
Fédération canadienne elle-même, et lAutorité monétaire pouvant compter sur des
gouverneurs représentatifs de lensemble des régions de lunion monétaire.
Lexercice des compétences au sein de ces institutions reposerait sur des modalités
de vote, qui feraient tantôt appel au vote à majorité qualifiée, tantôt au vote
pondéré,eefe tantôt à la possibilité de lÉtat dinvoquer un intérêt
national vital, ce qui préviendrait lisolement automatique du Québec, de la
Fédération canadienne ou dune région de cette Fédération.
Ainsi, sont esquissées, à grands traits de
plume, quelques éléments dune réflexion, que je poursuis depuis plusieurs
années, qui sera présenté dans une version plus définitive dans un ouvrage que je
compte publier dans un avenir rapproché, et qui se voudra une invitation à réfléchir
de la part des souverainistes à qui il appartient de constamment revoir, réactualiser
leur projet de souveraineté et de partenariat.
*****
Et il y a encore, toujours, lurgence de
réfléchir, pour reprendre le titre dun livre dun européaniste québécois
de réputation mondiale. Il y a urgence de réfléchir, sur notre projet de souveraineté,
sur une souveraineté qui est loin dêtre dépassée pour citer aussi le titre
dun ouvrage de notre présidente de séance. Il y a urgence de réfléchir sur le
partenariat, dinnover, de larguer les idées reçues, de ne plus avoir peur des
mots, et de leur donner le sens quils méritent, de leur donner les contenus qui
conviennent à nos projets, à nos ambitions. Mais, il y a aussi urgence de réfléchir
sur une souveraineté et un partenariat quil faut accompagner dun projet de
société, puisque la souveraineté et le partenariat doivent savérer des
instrument non seulement pour changer le statut politique du Québec et le délivrer de
limpasse canadienne, mais pour faire un pays et une union meilleurs.


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