Techniques

 

1. Restez loin des voitures. Si vous vous réfugiez sur les trottoirs, soyez toujours très courtois avec les piétons, normalement vous n'avez pas d'affaire là. Mais lorsque les routes sont enneigées, c'est là qu'on dérange le moins de monde et qu'on a le plus de chance de rester en vie, en attendant que la quantité de vélos surpasse le nombre de voitures sur les routes.

2. Soyez visibles en tout temps. Ne lésinez pas sur les réflecteurs, vêtements voyants et système d'éclairage. La dernière chose qu'un automobiliste s'attend de rencontrer durant l'hiver, c'est un cycliste. Au travers d'un pare-brise sale, le temps de réaction d'un automobiliste sera réduit.

 

3. En été comme en hiver, les cyclistes doivent s'arrêter aux feux rouges et aux arrêts. Tous les cyclistes!

 

4. Commencez à apprivoiser votre route, ainsi que les automobilistes qui l'empruntent, plusieurs mois avant l'hiver.

Vous reconnaîtrez plus facilement les endroits accidentés, même recouverts de neige ou d'eau, et les automobilistes seront habitués de vous croiser sur la route. Vous connaîtrez aussi beaucoup mieux votre vélo.

 

5. Le corridor imaginaire où circulent normalement les cyclistes, entre le flot de voitures et les voitures garées, se retrouve souvent impraticable en vélo, à cause des sillons tracés par les pneus de voitures, ce qui rend la densité de la neige non-uniforme et a tôt fait de vous désarçonner.

Ajoutez à cela que le dit corridor imaginaire enneigé vous repousse toujours, plus ou moins, vers la trajectoire des voitures.

Le cycliste avisé est celui qui sait reconnaître lorsqu'il est le temps de prendre le trottoir, même si l'asphalte est belle juste un peu à gauche.

 

6. Un mince flaque d'eau opaque cache parfois une fissure, une faille, une fosse, un cratère, un abîme, un canyon, un trou noir... Méfiez-vous.

7. Ce qui ressemble à un bloc de neige est parfois un bloc de glace, mieux vaut le contourner lorsque c'est possible.

 

8. Il est préférable de mettre votre vélo à l'abri et au chaud, la nuit.

Et tant mieux si un abri attend votre vélo à chaque destination.

Si votre vélo fait un trajet très éclaboussant suivi d'une nuit à -20° Celsius, plus aucun mécanisme ne bougera le matin venu.

 

9 Avec ou sans suspension arrière, il est préférable de soulever son postérieur de la selle, au moment de frapper un trou ou un obstacle. À vélo, un choc s'encaisse en distribuant l'énergie sur les pédales, pas sur le siège. À l'approche d'un trou, soulevez-vous légèrement et pincez la partie fine de la selle avec vos cuisses. Cette technique vous aidera à amortir le choc tout en évitant une perte de contrôle. Elle vous évitera aussi de désagréables douleurs au derrière.

 

10. Le vélo d'hiver est très salissant, en zone urbaine, lorsque la température avoisine le point de congélation et que les fondants font leur oeuvre. Attendez-vous à faire la lessive souvent.

 

11. Les conditions de routes hivernales ont ceci de particulier qu'on rencontre rarement deux fois le même type de conditions. Il y a une infinité de combinaisons des facteurs neige, glace, vitesse et direction du vent, température, flaques d'eau, visibilité, vitesse du vélo, état des freins, état d'éveil, proximité des voitures, répartition du poids des bagages, usure des pneus, état des crampons métalliques... et cette infinité de combinaisons présente de biens plus grands contrastes l'hiver sur 2 roues, qu'à l'abri dans une voiture.

 

12. Au cours des réparations, lorsque vous démontez n'importe quelle pièce filetée, badigeonnez généreusement, avant de tout remonter, d' "anti-seize compound", une graisse à composantes d'aluminium.

Comme on ne peut rien faire contre la corrosion, on peut au moins se faciliter le travail pour la prochaine réparation.

 

13. Dans la neige épaisse, ne pas gonfler à plus de 25 psi (pour un pneu 26 x 2.1 pouces et un cycliste de 150 lbs ou 68 Kg), et chargez vos bagages d'un 20 livres additionnel (9 à 10 Kg) pour améliorer la traction dans la neige.

Inutile de rouler trop vite. Vous risquez de "surfer" sur la neige et perdre la traction, si vous ne laissez pas le temps aux pneus de travailler.

 

14. Assurez-vous d'être capable de tout réparer vous-même. Il y a très peu de boutiques de vélos ouvertes en hiver. Traînez vos outils partout où vous allez. Le poids additionnel ne pose pas de problème puisqu'il améliore la traction dans la neige.

Faites provisions de chambres à air, de rayons, de patins de freins, de câbles de freins/vitesses et de conduits de câbles. Attention, les câbles et les conduits diffèrent, selon qu'ils soient pour les freins ou pour les vitesses.

 

15. Pour négocier un virage ou même pour un léger déplacement latéral, couchez légèrement le vélo tout en gardant votre corps droit. Cela aura pour effet de conserver le centre de gravité de l'ensemble "cycliste/vélo" le plus près possible entre les deux roues et vous évitera un dérapage.

Pour obtenir un meilleur contrôle, vous remarquerez que j'utilise des cale-pieds, même avec mes grosses bottes.

Je trouve plus facile de faire corps avec le vélo lorsque mes pieds ne se déplacent pas continuellement sur les pédales.

 

16. Je suis partisan du guidon large, il est plus facile de manoeuvrer dans la neige épaisse avec un long bras de levier.

De plus, si une voiture vous coince contre les voitures stationnées, ça vous donnera quelques centimètres de protection additionnels.

 

17. Si vous n'avez pas d'autres choix que de rouler sur la glace, réduisez de façon drastique la vitesse, genre 1 km/hre, et posez un pied par terre pour avoir une base d'appui triangulaire. Vous augmenterez votre stabilité.

Malgré toute les précautions, la glace demeure de la glace. Et la glace, ça glisse!

 

18. Casque, protège-coudes, protège-genoux font partie de mon arsenal et je les recommande à tous. Je considère sérieusement les épaulettes pour l'hiver prochain. Les chutes sont choses fréquentes, l'hiver.

Et des lunettes pour se protéger des particules en suspension. Rouler à vélo dans la slush, près d'un flot de voitures, c'est difficile pour les yeux.

 

19. La glace noire est vicieuse. Apprenez à la reconnaître.

 

20. Pour franchir une épaisse couche de neige, gardez le guidon droit et les bras tendus et rigides. Maintenez une poussée de pédalage uniforme avec un braquet qui vous donne de la force sans vous faire sous-virer.

Si vous laissez le moindrement le guidon dévier de la trajectoire que vous désirez maintenir, le braquage ira en s'accentuant, à un point tel qu'il freinera votre élan et vous serez immobilisé dans une neige d'où il vous sera pénible de repartir.

Si vous maintenez les bras tendus, un début de dérapage se transmettra uniformément sur les deux roues, et sur l'ensemble "cycliste/vélo", et en réduira l'impact ce qui vous permettra de rétablir plus facilement le cap.

Avec les années et l'expérience vous atteindrez, ce que je m'aventurerais à qualifier, la "navigation floue". C'est ce qu'on pourrait aussi appeler le "nirvana du vélo d'hiver", sensation que j'ai ressentie à quelques reprises, mais que je suis encore loin de maîtriser.

Plus précisément, c'est une technique qui m'apparaît être la suite logique de la technique à bras tendus. C'est comme si vous anticipiez les différentes variations de densité de la neige sous vos roues et que vous vous laissiez dévier de façon à exploiter la neige sans lui offrir de résistance.

J'ose croire que dans une cinquantaine d'années je maîtriserai suffisamment cette technique pour en disserter et l'enseigner de façon plus claire. Et avouez que ça ajoute un petit quelque chose de mystique autour de ce sport encore méconnu.

Pour l'instant, j'attends le prochain hiver afin de poursuivre mon étude dans cette voie.