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Depuis
une dizaine d'années, je m'intéresse au vélo d'hiver. Mes premières
tentatives ont été faites avec un vélo de montagne très bas de gamme,
à cadre en acier et équipé de pneus de route.
Les deux principales difficultés que j'ai rencontrées à l'époque
étaient l'absence de traction ainsi qu'une grande difficulté à me
vêtir de façon optimale. J'avais rapidement trop chaud, dès les
premiers coups de pédales. J'avais aussi beaucoup de problèmes avec
les mains, les pieds et le visage qui gelaient rapidement.
Avec
le temps, à coups d'essais et d'erreurs, j'ai fini par trouver la
combinaison de vêtements idéale; assez couvert pour ne pas avoir
froid, et pas trop couvert pour ne pas transpirer et geler. J'ai
aussi découvert les vertus des pneus à crampons.
En
mars 2000, toujours sur mon vieux vélo à cadre en acier, j'ai décidé
de faire d'un de mes loisirs, mon moyen transport quotidien. Appelé
à travailler régulièrement à 15 km de chez moi, exaspéré par les
autobus bondés de monde, les trajets ennuyants et épuisants, j'ai
tout de suite pris goût à ce moyen de transport aérobique.
J'ai aussi constaté que mon temps de déplacement à vélo était inférieur
à celui en autobus/métro/autobus. Cela combiné au fait que je n'ai
pas à trouver de temps additionnel à mon horaire pour faire du sport,
car activité physique et transport sont maintenant combinés.
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Évidemment,
il n'y a pas que des avantages. Il fait parfois très froid. C'est
très salissant, pour le vélo et pour les vêtements. Le vélo requiert
un entretien fréquent, et s'use rapidement. Le temps de déplacement
augmente en hiver; un trajet de 15 km qui me prend 50 minutes en
été (...incluant les arrêts aux feux de circulation) , me prend
1h15 par temps froid, et jusqu'à 2 heures les journées de chutes
de neige abondantes.
Pour
des raisons de sécurité c'est plus glissant l'hiver, et j'essaye
de ne pas pousser la machine humaine trop fort pour rester au sec
le plus longtemps possible il importe donc de réduire la
vitesse par temps froid.
Autre problème, les routes sont extrêmement endommagées, à un point
tel que j'ai changé de vélo pour un modèle à suspension double;
mon coccyx n'en pouvait plus de se faire marteler à chaque fissure
et à chaque nid de poule. J'ai choisi un modèle pas trop luxueux,
car je savais au moment de l'acheter que j'avais l'intention de
lui faire passer l'hiver.
Les
principales caractéristiques que je recherchais étaient un cadre
en chromoly, plus résistant à la corrosion que l'acier, et une suspension
avant et arrière. Mon choix s'est porté sur un vélo CCM "Shock Wave
II" à 450.00$. Il n'avait pas la couleur ni la géométrie que je
recherchais, mais au moins mes exigence de base étaient satisfaites:
plus léger et beaucoup plus confortable à conduire,
grâce à la suspension arrière.
J'ai
par la suite modifié la colonne de selle et changé la potence
pour obtenir une position de conduite plus allongée. J'ai fixé le
porte-bouteille à la potence, car je le trouvais trop encombrant
sur le cadre, à l'endroit prévu par le manufacturier.
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J'ai
repeint en jaune la partie du cadre originalement vert foncé, afin
d'être plus visible.
J'ai
fait une fente dans une pièce de la béquille pour la verrouiller
et éviter de la voir se déployer au moindre choc. J'ai ajouté des
ailes et un rétroviseur. J'ai
aussi échangé les poignée-cornes avec mes vieilles que je trouve
plus confortables.
Enfin,
j'ai réussi à fixer ma pompe à ce cadre étrange, à force de me casser
le coco sur la question.
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Un
des problèmes majeurs de ce vélo, si vous avez à l'esprit d'affronter
l'hiver avec, est le conduit du câble de changement de vitesse
des plateaux qui est très court et en forme de "U" juste sous le
pédalier.
Sa
forme et sa localisation sur le vélo font en sorte qu'il se remplit
rapidement d'eau, le câble rouille et gèle, si bien que j'ai
passé tout l'hiver sur le plateau du milieu sans pouvoir le bouger.
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Il
s'est d'ailleurs usé prématurément, ainsi que les deux petits engrenages
du dérailleur arrière, les dents complètement mangées par la chaîne:
"une dégradation des composantes que je considère
anormalement rapide".
Pour
des raisons similaires, en plus d'un mécanisme plus exposé aux éclaboussures
de la roue arrière, le frein arrière a passé la majeure partie de
l'hiver coincé ou gelé.
Autre
pépin, la vis de serrage du câble de frein arrière s'est désagrégée
au premier réajustement, j'ai dû me bricoler autre chose avec une
vis et un boulon.
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J'ai
aussi eu des problèmes avec mes roues, des "Rigida, made in USA".
Celle
de derrière s'est ouverte comme une boîte de conserve, suite
à un freinage abrasif. Celle d'en avant est à la limite de subir
le même sort.
Un
conseil, si vous entendez un grincement étrange lors du freinage,
n'attendez pas trop longtemps avant de vérifier ce qui se passe.
Une roche coincée ou un patin de frein trop usé peuvent détruire
vos jantes dans le temps de le dire.
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La
vis d'attache du cadre articulé doit aussi être constamment surveillée,
elle se désserre souvent et ça rend la fourche arrière
instable, latéralement.
(Après
avoir démonté le vélo, je me suis aperçu
que le coeur de cette fixation est constitué d'un tube d'acier,
déjà très corrodé; j'ai travaillé
fort pour défaire ça. Et tout ça pour dire
que je ne vois aucun danger imminent de rupture à ce niveau,
à part que c'est désagréable lorsque la fourche
bouge de côté.)
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Un
des points forts il faut bien qu'il y en ait les pneus,
m'ont beaucoup surpris. Des "Bear Trac", 26 x 2.1 pouces, de
Kenda, faits d'un motif à gros crampons, genre tracteur, suffisamment
espacés pour bien évacuer la neige, et d'une gomme juste assez molle
pour offrir une bonne adhérence, mais pas trop afin que la semelle
ne se dégrade pas trop rapidement. Un pneu à 17.00$, chez Canadian
Tire. Le vélo a aussi survécu à une collision avec une voiture;
moi aussi, en passant.
J'ai
très tôt abandonné mes pneus à crampons métalliques, fabrication
maison, qui s'usent beaucoup trop vite en zone urbaine. À cause
de l'épandage de calcium, les crampons sont exposés à l'asphalte,
la moitié du temps. Je n'aurais peut-être pas ce problème avec des
pneus à crampons commerciaux, mais je n'en ai encore jamais essayé.
Il faut dire que mes crampons sont pointus et piquants, faits un
à un, avec des vis. Lorsque le piquant des crampons s'use,
ils rendent la conduite glissante, surtout en virage. Jetez un coup
d'oeil à la section "Pneus
à crampons" de ce site, pour en savoir plus.
Les
"Bear track", comme je le disais, m'ont beaucoup surpris. Même les
jours de tempête, je suis toujours parvenu à me frayer un chemin.
Étant donné que les rues de Montréal sont habituellement rapidement
dégagées par les services des travaux publics, j'ai rarement à rouler
dans plus de 10 cm de neige, à moins d'une très grosse tempête un
jour férié.
De
façon générale, ça demeure un vélo très moyen. J'admets que c'est
un vélo qui a fait 6000 km en 10 mois, mais il n'a pas été battu
en montagne, il n'a jamais couché dehors, et le pilote n'est pas
très lourd. Il avait l'air plus résistant aux premiers jours.
Au
moment d'écrire ces lignes, le vélo est en miettes dans mon salon,
prêt pour une chirurgie majeure. Je change les deux roues pour des
roues à parois doubles, tous les câbles sont remplacés par des câbles
en "stainless steel", tous les conduits sont changés, eux aussi,
ainsi que les plateaux.
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Et
pour finir, alors que mes roues sont démontées, je
m'aperçois que l'utilisation de mes pneus à crampons
(fabrication maison), sur une période d'environ 500 kilomètres
au cours de l'hiver, semble avoir creusé un sillon d'environ
1 millimètre dans une des tiges de la fourche arrière.
Là
je suis le seul à blâmer.
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Si
un seul des crampons, qui font un centimètre de long, était
légèrement désaligné, c'est bien suffisant
pour avoir causé ça.
Le
chrome-molybdène est un alliage plus mou et plus léger
que l'acier. Ça a ses avantage côté légèreté,
mais il faut faire attention avec les crampons.
Décidément,
l'hiver aura été dur pour ce vélo.
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Vous
savez maintenant ce qui vous attend si vous décidez de vous procurer
un vélo moyen (…très moyen).
J'espère que mes observations serviront à l'amélioration
de modèles à venir. Qui sait, peut-être verrons-nous bientôt des
vélos avec la mention "vélo d'hiver". Personnellement, je n'en ai
pas encore vu, à l'exception peut-être de cette trouvaille
sur le web, le Christini
All Wheel Drive, dont je n'ai pas trop compris les principes
mécaniques, mais qui semble déjà fonctionnel.
En passant, je suis disponible pour tester tout vélo qui aurait
besoin d'être mis à l'épreuve en situation réelle, sur de vraies
routes, avec des freinages fréquents à tous les arrêts, avec de
vrais nids-de-poules et dans la vraie "slush" (…gadoue), sous la
pluie, la neige, la grêle, le vent, la chaleur, le froid,… Vous
fournissez le vélo, moi je fournis le cycliste.
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Après
autant de péripéties, vous devez bien vous demander
ce que je fais encore à vélo. Et bien je trouve ça trippant, économique,
écologique, ça tient très en forme et j'aime la neige. Même si je
dois changer de vélo à chaque année, ça n'est pas plus cher que
d'acheter des passes d'autobus durant un an, mais ça tient drôlement
plus en forme. De plus, je n'ai jamais à pelleter pour sortir
ma voiture du banc de neige, ni à faire le tour de la ville
pour me stationner, pas plus qu'à rester coincé dans
les embouteillages, encore moins à subir les fluctuations
du prix de l'essence.
Suite
du récit dans un an, après un autre hiver à
vélo...
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