Franz Kafka

 

 

Franz Kafka, auteur tchèque, est né le 3 juillet 1883 à Prague (en Bohème). Il est issu d'une famille commerçante et petite-bourgeoise germanisée. Prague était à l'époque la capitale et le centre administratif de la Bohème, une région sous l'influence austro-hongroise, jusqu'à la fin de la Grande guerre. Prague devint la ensuite la capitale de la République tchèque à sa création en 1918. De 72,353 habitants au début du 19e siècle, elle passa à 223,741 en 1910. Au cours de la seconde moitié du 19e siècle, la révolution industrielle, se développa si rapidement, que la Bohème-Moravie devint la principale base économique de l'empire d'Autriche-Hongrie, ce, grâce à la présence de charbon destiné à l'industrie métallurgique.

 

De 1860 à 1910, le nombre d'ouvriers tripla dans la région. Les idées nationales, libérales et socialistes trouvèrent leur place chez les prolétaires devenus nombreux. L'indépendance tchèque remonte à cette période. Déjà en 1873, il y avait des dissensions entre les Vieux-tchèques (nobles et grands bourgeois) et les Jeunes-Tchèques (bourgeoisie moyenne, intelligentsia, artisans et petits propriétaires), aux idées libérales, par opposition au conservatisme qui régnait chez les Vieux-Tchèques. En 1893, Prague connut des mouvements d'agitation: dès 1878, des partis à tendance socialiste s'institutionnalisaient . En 1897, le gouvernement accorda le droit de vote aux ouvriers. Le suffrage universel fut accordé par l'Empereur François-Joseph en 1907, conséquence de la révolte russe de 1905. Le mouvement d'indépendance tchèque provint du mécontentement général en 1914. La Première guerre mondiale permit à ce mouvement d'arriver rapidement à ses fins, par l'union de la Bohème-Moravie à la Slovaquie.

 

Le père de Franz, Hermann Kafka eut une grande influence sur lui. Autoritaire, imposant autant physiquement que moralement, il laissa son fils dans l'ombre. Son fils le décrit dans La métamorphose. Le roman raconte la vie d'un voyageur de commerce qui se transforme du jour au lendemain en insecte, son père le rejette et l'insecte meurt seul dans sa chambre, misérablement. Sa mère, Julie Kafka (née Löwy) était très proche de Franz.

 

La Bohème était divisée en trois groupes sociaux: les Allemands figuraient en haut de la hiérarchie. Il y avait ensuite la population tchèque et la population juive, objet de mépris et de haine des deux autres groupes. Dans une pareille société, on comprend aisément pourquoi les parents de Franz lui donnèrent une éducation germanique. Il fréquenta le lycée allemand de Staromestské Namesti, puis fit ses études de Droit à l'université, sans grande conviction, à partir de 1901. Il y rencontra Max Brod, qui allait devenir son plus grand ami et à sa mort, son biographe. Il vénérait Goethe et Flaubert et admirait profondément Balzac. En 1906, il passa son examen de doctorat et fut reçu à l'unanimité. Le droit n'était qu'un prétexte pour lui permettre de trouver un emploi qui lui laisserait du temps libre pour écrire. Il disait lui-même: "tout ce qui n'est pas littérature m'ennuie et je le hais, même les conversations sur la littérature."

 

Cité par M. Brod. Franz Kafka, Paris, 1945.

En 1907, il entra au service d'une compagnie d'assurance, l'Assicurazioni Generali, puis, en 1908, pour l'Établissement d'assurances ouvrières contre les accidents pour le royaume de Bohème. Ces établissements lui inspirèrent les lieux du Procès et du Château, des systèmes bureaucratiques où l'organisation complexe tourne à vide et où la rationalité conduit à l'absurde.

Il connut quelques liaisons au cours de sa vie: Felice Bauer, Julie Wohryzek et Milena Jesenska. Mais ne vécut de véritable passion amoureuse avec aucune, étant incapable de s'engager sérieusement autrement que par correspondance. Il évita chaque fois le mariage en plaçant entre lui et ces femmes divers obstacles. Cela alimenta la solitude dont il souffrit toute sa vie, ainsi que la tentation du suicide.

À partir de 1910, Kafka assista à des spectacles Yiddish, que donnaient une troupe de Juifs orientaux au Café de Savoy. Ces spectacles laissèrent sur lui une profonde impression. Il s'intéressa beaucoup à la culture juive et apprit l'hébreux. Il prévoyait même vivre en Palestine dans les années 20. Outre le théâtre Yiddish, Kafka s'intéressa beaucoup à la pensée du philosophe Kierkegaard et à mesure que sa santé se détériorait, il se rapprochait de la religion judaïque.

 

En septembre 1917, il apprit qu'il était atteint d'une tuberculose pulmonaire. Hypocondriaque, il faisait de nombreux séjours dans les maisons de santé. Sa maladie l'obligea à les fréquenter davantage jusqu'à la fin de sa vie. Il mourut le 3 juin, au Sanatorium de Kierling, près de Vienne, des suites de sa maladie. Par testament, il demanda à son ami Max Brod de brûler toutes ses œuvres, mais ce dernier ne put se résoudre à le faire. Les raisons qui conduisirent Kafka à cette décision est simple: il ne croyait pas en son génie. Écrire était pour lui une distraction. Il publia de son vivant quelques œuvres par besoin d'argent, mais la plupart de ses romans, souvent inachevés, ne furent publiées qu'après sa mort.

 

L'œuvre de Kafka est majoritairement autobiographique. Elle est austère et angoissée. Certaines œuvres sont de véritables auto-accusations. Ses écrits sont teintés de rêves et de délires et d'univers insolites. Si Kafka explore des zones semi-conscientes de l'esprit, son style n'en est pas moins lucide et dépouillé à un point tel qu'il s'approche de l'abstraction. André Breton vit en lui un précurseur du mouvement surréaliste et Albert Camus, un écrivain de l'absurde. En fait, Kafka fut victime de nombreux délires d'interprétation et beaucoup d'analystes de sa pensée virent des éléments qui ne figuraient pas dans son œuvre. Il fut un écrivain majeur du début du siècle et l'un des seuls de son époque à ne pas subir l'influence de la pensée de Nietzsche.

 

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