RECHERCHE SUR ESPOIR 1 (1903) DE GUSTAV KLIMT
 

1

< Klimt, Gustav, Espoir I, huile sur toile, 181 x 67 cm, 1903, Galerie Nationale du Canada, Ottawa (voir fig.1)

 

Description des principales caractéristiques de l’œuvre

Cette huile sur toile, exécutée en 1903, représente une jeune femme enceinte, peinte sans ses voiles. Elle se tient de profil, debout, ce qui met en évidence l’énorme masse claire de son ventre sur un fond obscur. À l’arrière-plan du tableau, tout en haut, figurent une série de têtes monstrueuses. Le nu, représenté de façon très réaliste, contraste avec le fond du tableau constitué principalement de traits décoratifs : lignes serpentines, motifs végétales dorés, petites fleurs dans les cheveux, etc. La technique de la hachure continue est assez visible sur l’ensemble de la toile.

 

Situation dans l’ensemble de l’oeuvre de l’artiste

Au début de sa carrière, Klimt jouissait d’une solide réputation comme peintre décorateur.

Vers 1900, l’artiste réalisa une commande pour la décoration des plafonds de la grande salle de l’Université de Vienne. Le dévoilement de chacun des tableaux provoqua un scandale.

Avec La Jurisprudence, on accusa même l’artiste de pornographie et de perversion.1 Klimt, se retrouvant impuissant devant la censure, fit le sacrifice de ses honneurs au nom de sa liberté personnelle. Ce vent de révolte l’affranchit, en quelque sorte, de l’art officiel.

Les trois panneaux destinés à l’université démontrèrent l’orientation spontanée de Klimt vers une conception cyclique de l’homme se basant sur le principe de fertilité et de régénération; un chemin très personnel qui exposait sa vision très érotique du monde.2 Pour exprimer avec plus de force le jeu de séduction de son symbolisme « sexuel », Klimt employa des formes décoratives et géométriques (carrés, spirales, etc.).3 Il intégra également l’or et l’argent comme éléments de séduction dans ses tableaux, influence probable du métier d’orfèvres qu’exerçait sa famille.4

Espoir I, qui s’inscrit dans cet esprit de création, est un des chefs-d'œuvre de Klimt. On raconte que les dessins préparatoires exécutés pour cette toile illustraient d’abord un couple heureux sur fond paysagé et que le décès en bas âge du deuxième fils de Klimt, en 1902, en aurait peut-être influencé la nouvelle composition.5

L’artiste reprit d’ailleurs plusieurs fois l'étude du même thème (dans La médecine, Vision, Espoir I et Espoir II). Toutefois, dans Espoir II, Klimt accentua encore plus le « caractère sacré » de la maternité.

L'œuvre, qui appartient à la toute première époque de l’artiste, marque l'étape la plus importante dans l'évolution artistique de Klimt. Selon Johanne Dobai : « Il anticipait déjà non seulement sur le principe du montage, mais sur le contraste des divers plans réels dans une même oeuvre. »6

 

Situation dans le contexte artistique et intellectuel

Dès 1890, Klimt s’intéresse fortement au symbolisme et à l’impressionnisme français.

En 1897, il fonde l’Union des artistes figuratifs (appelée aussi Sécession) qui se veut une réponse, en quelque sorte, au mouvement « Art nouveau » en France et au « Jugendstil » en Allemagne.

Comme ses contemporains, Klimt est à la recherche d’un langage plastique. On ressent sur sa création l’influence de plusieurs mouvements artistiques de son époque dont : le romantisme, le symbolisme, le néo-impressionnisme, l’art nouveau, la japonisme, le pointillisme, le fauvisme, etc. Toutefois, la majorité des œuvres de Klimt s’inscrivent sous la forte influence de l’art nouveau et du symbolisme.

Les tableaux de Klimt aborde l’art de la planéité en considérant la peinture comme un objet aussi bien que comme véhicule d’un message symbolique. Il emploie des techniques des arts appliqués, en collant l’or, l’argent et les motifs ornementaux à même ses toiles. Ce qui illustre, du même coup, une thèse essentielle de l’Art Nouveau : celle de la décoration comme contenu qui s’oppose de façon absolue au mépris de l’apparence prêché par les expressionnistes depuis peu.7

Manifestement, Klimt n’a pas exploité les possibilités les plus audacieuses de la forme qu’on connaît de son époque. Cependant, il opta pour un style sincère et respectueux de ce qui était sa propre personnalité.8

 

Conclusion

Klimt est réputé comme une figure marquante du symbolisme et de l’art nouveau. De plus, il est un précurseur de la crise artistique qui fut particulière au XXème siècle.

Même si l’histoire attribue à l’expressionnisme et au surréalisme la révélation et l’exploitation de la sexualité dans le domaine artistique, on peut affirmer que Klimt a largement ouvert la voie à ce sujet. N’oublions pas l’effet inattendu qu’il a causé sur la période de répression victorienne.9

La grande sensualité qui émane des œuvres de Klimt, son caractère précieux, son obsession pour le détail, ses couleurs vives, sa planéité, son style, auront influencé plusieurs peintres dont : Ubaldo Oppi, Alexander Jawlensky, Kokoschka , Egon Schiele et sûrement plusieurs autres.10

Il a peint les femmes comme on peindrait des bijoux voluptueux et scintillants; un hymne à l’amour et à la vie devant lequel toute personne sensible ne peut rester indifférente…

______________________________________

1.Frold, Gerbert, Klimt, Sté Nouvelle des Éditions du Chêne, 1990. p.18

2.Comini, Alessandra, Gustav Klimt, Éditions du Seuil, 1975, p.13

3.Comini, Alessandra, Gustav Klimt, Éditions du Seuil, 1975, p.14

4.Comini, Alessandra, Gustav Klimt, Éditions du Seuil, 1975, p.10

5.http://cybermuse.beaux-arts.ca/cybermuse/search/artwork_f.jps?mkey=8614

6.http://collections.ic.gc.ca/bulletin/num17/dobai_res.html

7.Comini, Alessandra, Gustav Klimt, Éditions du Seuil, 1975, p.18

8.Passeron, René & Coradeschi, Sergio, Tout l’oeuvre peint de Klimt, Paris, Flammarion, 1983, p.13

9.Comini, Alessandra, Gustav Klimt, Éditions du Seuil, 1975, p. 6

10.Zeri, Frederico, Klimt – Judith I, NDE Publishing, 2000, pp.42-43 ainsi que du site Web http://www3.ac-clermont.fr/IA03/pedagogie/arts-plastiques/qda/qda-2005/schiele.htm

 

BIBLIOGRAPHIE

Frodl, Gerbert, Klimt, Paris : Chêne, 1990, 155 p.

Comini, Alessandra, Gustav Klimt : trad. de l’américain par Jean-Baptiste Grasset, Paris : Éditions du Seuil, 1975, 80 p.

[Traduit de l’anglais par Susan Scott] Zeri, Frederico, Klimt : Judith I, Richmond Hill, Ont. : NDE Publishing, c2000, 48 p.

[Traduit de l’italien par Simone Darses] Introd. par Rene Passeron; documentation par Sergio, Tout l’oeuvre peint de Klimt, Paris : Flammarion, 1983, 112 p.

http://collections.ic.gc.ca/bulletin/num17/dobai_res.html

http://www.lemondedesarts.com/Dossierklimt.htm

http://artnouveau.freeservers.com/artistes/klimt.html

http://www3.ac-clermont.fr/IA03/pedagogie/arts-plastiques/qda/qda-2005/schiele.html

http://national.gallery.ca/french/default_203.htm

http://cybermuse.beaux-arts.ca/cybermuse/docs/bio_artistid2943_f.jsp

http://cybermuse.beaux-arts.ca/cybermuse/search/artwork_f.jps?mkey=8614

http://collections.ic.gc.ca/bulletin/num17/dobai_res.html

http://perso.wanadoo.fr/delhistoiredelart/fin19/k.htm

 

< Retour à l'index
Cette page a été mise à jour le 6 janvier, 2006